17/10/2017
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20 millions de personnes menacées par la famine

L’Afrique et la péninsule arabique affrontent la pire crise humanitaire depuis 1945.

Des conflits qui affament la population

«Le premier facteur qui explique la crise, ce n’est pas la sécheresse, mais la guerre», affirme Maïka Sondarjee, doctorante à l’Université de Toronto et spécialiste des questions d’aide humanitaire.

Qu’il s’agisse d’affrontements entre l’armée et des groupes rebelles, comme c’est le cas au Yémen, ou des agissements de groupes terroristes, comme Boko-Haram au Nigéria, les zones les plus touchées par les conflits sont aussi celles où les gens souffrent le plus de la faim.

En plus d’affamer la population en tuant le bétail et en pillant les marchés, les combattants empêchent les organisations humanitaires de lui venir en aide.

«Des zones entières nous sont rendues inaccessibles. Au Nigéria, par exemple, il n’y a que quelques mois que nous arrivons à atteindre le nord-est, où est basé Boko-Haram, et encore, seulement par hélicoptère», déplore Cécilia Millan, coordonnatrice des programmes Humanitaires et Moyen-Orient d’Oxfam-Québec.

Un pouvoir politique faible ou inexistant

Cette crise humanitaire est aussi une crise politique. Les quatre pays concernés sont aux prises avec des crises de gouvernance.

«Un État faible entraîne toujours des assiettes vides, rappelle Bruno Parmentier, auteur français et spécialiste de l’alimentation. Le manque de structure étatique rend l’agriculture quasi impossible.

« Même lorsque l’on a des ressources, si l’on ne dispose pas d’un État fort pour les protéger, chacun veut s’en emparer et des conflits armés éclatent. C’est la situation du Nigéria, un pays absurdement corrompu.»

Dépendants de l’aide

Le problème de la famine est aussi lié à l’économie.

«Beaucoup de ces pays ont développé une dépendance à l’aide humanitaire et aux importations dans les années 1980, pense Maïka Sondarjee, doctorante à l’Université de Toronto et spécialiste des questions d’aide humanitaire.

«En Somalie, l’ouverture aux investisseurs étrangers a freiné le développement local. Elle a plutôt profité à des pays comme les États-Unis, qui subventionnent leur économie et peuvent facilement inonder les marchés de grain à bas prix. »

Des déplacés et des épidémies

Les millions de personnes qui fuient la faim ou la guerre se regroupent dans des camps comme celui de Bentiu, au Soudan du Sud, où l’on compte aujourd’hui 130 000 de ces déplacés.

«Les gens y vivent sous des bâches, dans des cabanes faites de branches, se souvient Renaud Philippe, l’un des rares photojournalistes à avoir pu y accéder. Il y a énormément de femmes seules et d’enfants qui se retrouvent dans des conditions sanitaires affreuses, les pieds dans la boue.»

La concentration des populations et les problèmes d’assainissement changent en effet la moindre flaque d’eau en un redoutable incubateur de maladies.

C’est le cas au Yémen, où une terrible épidémie de choléra sévit. L’Organisation mondiale de la santé y a recensé, au seul mois de mai, environ 30 000 cas de cette maladie mortelle et très contagieuse qui entraîne diarrhées et vomissements.

Des conditions climatiques terribles

«Au Soudan du Sud, la sécheresse est telle que les gens en sont réduits à manger des feuilles», alerte François Audet, directeur de l’Observatoire canadien sur les crises et l’aide humanitaire.
Effectivement, s’il n’est pas l’unique responsable de cette crise humanitaire, le climat fait bien partie des éléments d’explication.

L’Afrique subit encore les effets du dernier épisode d’El Nino, ce phénomène climatique dont la dernière apparition, en 2015, a provoqué sur ce continent une forte augmentation des températures et une diminution des précipitations.

En Somalie, les récoltes sont catastrophiques pour la quatrième année consécutive.

«On parle de pays qui, à la base, n’ont qu’une faible densité de production agricole et dont la fragilité est renforcée par cette crise climatique, explique François Audet. Comme les conflits, la famine crée des déplacés en obligeant les populations à prendre la route à la recherche de nourriture.»

 

4 PAYS DANS L’URGENCE

Sécheresse, conflits armés, épidémies et effondrement économique frappent comme jamais les populations du Nigéria, du Soudan du Sud, de la Somalie et du Yémen. Dans ces régions, des millions de personnes tentent de fuir la faim et la guerre. Voici les principales causes d’une crise aux nombreux aspects.

Nigeria

  • Conflit : Dans l’état de Borno, au nord-est du pays, l’armée nigériane combat le groupe terroriste islamiste Boko-Haram.
  • Attaque récente : Le 5 avril, une attaque de Boko-Haram fait 7 morts dans une communauté d’éleveurs, à Abbati.
  • 7 065 000 personnes en malnutrition sévère, soit 4 % de la population, en mai 2017

Soudan du Sud

  • Conflit : Les troupes loyales au président Salva Kiir et les rebelles favorables à l’ancien vice-président Riek Machar se disputent le pouvoir.
  • Attaque récente : Le 14 mars, deux personnes sont tuées dans l’attaque non revendiquée d’un convoi humanitaire, à Yirol.
  • 4 935 000 personnes en malnutrition sévère, soit 38 % de la population, de février à avril 2017

Somalie

  • Conflit : Le gouvernement somalien doit faire face aux terroristes islamistes du groupe Al Shabaab et à des guerres de clans.
  • Attaque récente : Le 25 janvier, une double explosion dans un hôtel de Mogadiscio revendiquée par le groupe terroriste islamiste Al Shabaab fait 28 morts.
  • 3 210 000 personnes en malnutrition sévère, soit 28 % de la population, de mai à juin 2017

LA FAMINE SELON L’ONU

Au moins

  • 20% des ménages en pénurie extrême
  • 30% de la population atteinte de malnutrition sévère
  • 40 % des enfants de moins de 5 ans meurent chaque jour

La crise humanitaire de 1945

  • La Seconde Guerre mondiale a pris fin le 2 septembre 1945 avec la capitulation du Japon
  • Elle avait fait 40 à 60 millions de morts
  • En Europe, 60 % des villes étaient détruites et la moitié des territoires sinistrés
  • On estime le coût des dégâts à plus de 2000 milliards $
  • Plus de 50 millions de personnes déplacées par la guerre

Ceux qui ont survécu à la guerre en sont sortis traumatisés, et une panique collective s’était installée

Source : journaldemontreal.com – 4 juin 2017

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