21/11/2017
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Les grandes puissances absentes des négociations à l’ONU sur le désarmement nucléaire

Plus d’une centaine de pays amorcent à l’ONU des négociations dans le but de bannir les armes nucléaires. Les négociations, qui visent à réduire les risques de guerre atomique, se feront toutefois en l’absence des grandes puissances, dont les cinq membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU.

Les États-Unis, la Russie, la France et le Royaume-Uni se sont opposés à ces négociations, alors que la Chine s’est abstenue lors du vote sur le sujet. D’autres puissances nucléaires se sont également soit opposées (Israël) soit abstenues (Inde et Pakistan) lors du vote.

Même le Japon, seul pays à avoir subi une attaque à l’arme nucléaire, en 1945, s’est opposé à la tenue de ces négociations. Le Japon craint qu’une absence de consensus sur la question « sape les avancées sur un désarmement nucléaire effectif ».

L’opposition des grandes puissances n’a toutefois pas empêché les 123 pays de l’ONU favorables au projet de voter pour l’élaboration d’un texte contraignant en octobre dernier. Le projet est porté par l’Autriche, l’Irlande, le Mexique, le Brésil, l’Afrique du Sud, la Suède et des centaines d’Organisations non gouvernementales (ONG) qui appuient l’initiative.

« Cela va prendre du temps, ne soyons pas naïfs », déclarait la semaine dernière à l’ONU la ministre suédoise des Affaires étrangères, Margot Wallström. « Mais c’est très important, surtout en ce moment, quand on assiste à toutes sortes de discours ou de démonstrations de force incluant la menace d’utiliser l’arme nucléaire. »

« Beaucoup de pays disent que nous devons sortir de l’impasse sur cette question depuis des années, poursuit-elle. C’est aussi l’expression d’une frustration. »

Inquiétudes en zones de tension

Les pays qui tentent d’obtenir l’interdiction des armes nucléaires évoquent la multiplication des zones de tensions – comme la Corée du Nord – pour expliquer l’importance de parvenir à une entente contraignante. Ils s’inspirent des mouvements qui ont mené aux conventions internationales interdisant les armes à sous-munitions (2008) et les mines antipersonnel (1997).

La directrice de l’International campaign to abolish nuclear weapons (Ican), une coalition d’ONG, Beatrice Fihn, déplore qu’aucune avancée n’ait été réalisée, en matière de désarmement nucléaire, depuis le Traité sur la non-prolifération.

Il y a eu beaucoup d’efforts à la fin de la Guerre froide, et puis ça s’est arrêté […] L’administration Obama a déçu, elle avait fait des promesses, mais ne les a pas tenues. Maintenant les craintes sont exacerbées avec le nouveau président.

Mme Fihn espère obtenir une entente d’ici deux ans. Car malgré l’absence des puissances nucléaires, un tel traité obligerait tout de même celles-ci à revoir leur politique, estime-t-elle.

« Même si les principaux fabricants [d’armes nucléaires] ne signent pas, ces traités ont un gros impact », dit-elle. « Prenez la Russie : pourquoi dément-elle utiliser des armes à sous-munitions en Syrie? Elle n’est pourtant pas signataire du traité interdisant ces armes, mais elle sait que ce n’est pas bien. »

Les représentants des États-Unis et de la France ont expliqué leur opposition par la nécessité de procéder par étapes afin de ne pas perturber l’équilibre stratégique international ou éliminer l’effet dissuasif que procure l’arme nucléaire.

« C’est comme les grands fumeurs, ce n’est jamais le bon moment pour arrêter », juge Mme Fihn. « Mais la tendance est là: dans ce monde multipolaire, beaucoup de pays pensent qu’ils n’ont pas besoin d’attendre les grandes puissances pour agir. »

Source : ici.radio-canada.ca – 27 mars 2017

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