23/11/2017
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Les selfies funéraires gagnent le Québec

La mode des égoportraits s’invite maintenant dans les salons funéraires du Québec. Dans les complexes Magnus Poirier tout comme dans les établissements du Réseau Dignité, cette pratique est courante depuis deux ans. Des membres de la Corporation des thanatologues du Québec souhaitent une réglementation.

«On le voit dans plus de 50% des funérailles, surtout quand elles sont traditionnelles avec l’exposition du défunt», affirme Danny Gallant, directeur général du Centre funéraire Côte-des-Neiges, qui fait partie du Réseau Dignité.

Avec les téléphones intelligents à portée de main, les endeuillés n’hésitent plus à immortaliser le dernier adieu à un proche. Le tabou entourant la mort au Québec fait en sorte que les égoportraits sont réalisés en vitesse, en posant discrètement à côté du cercueil ouvert. «À cause de la technologie, c’est plus facile de le faire aujourd’hui, explique Patrice Chavegros, vice-président Ventes & Service à la clientèle chez Magnus Poirier. C’est une photo comme une autre, une photo vite faite et un besoin par rapport à son étape de deuil.»

Faut-il encadrer la pratique?

Alors qu’aux États-Unis, la publication des égoportraits funéraires sur les réseaux sociaux est monnaie courante, mais souvent critiquée, au Québec, les endeuillés sont plus discrets. Bien qu’il n’y ait pas encore eu de plaintes de la part de familles, la direction de Magnus Poirier croit qu’il faudrait réglementer ou, du moins, encadrer la prise d’égoportraits.

«Si les gens veulent prendre des selfies ou des vidéos des défunts, même si on est réticent, ils ont le droit de le faire, soutient Patrice Chavegros. Mais qu’est-ce qu’ils vont faire après, en sortant? On ne sait pas. Imaginez, n’importe qui entre dans un salon, prend une photo et la met sur les réseaux sociaux? Ça peut faire des dommages. La technologie amène à changer les pratiques et les moeurs.»

Le directeur général du Centre funéraire Côte-des-Neiges abonde dans le même sens, même s’il souligne que les Québécois sont en général respectueux lors des funérailles. «On n’est pas à l’abri de quelqu’un qui pourrait publier une photo inappropriée, affirme Danny Gallant. Ici, on a des politiques internes. Tous nos employés et le personnel de sous-traitance ne sont pas autorisés à utiliser un appareil photo ou un cellulaire pendant le travail dans nos salons.»

Que dit la loi?

Actuellement, la Loi sur la santé publique interdit la prise de photo d’un cadavre humain dans les laboratoires funéraires à moins que la famille donne son consentement. Les thanatopracteurs ne peuvent pas capter leurs réalisations, même à des fins pédagogiques.

Pour ce qui est du droit à l’image du défunt, rien n’est prévu dans la loi.

«Avant 2002, on reconnaissait aux héritiers le droit de défendre la vie privée du défunt, explique Nicolas Vermeys, professeur de droit à l’Université de Montréal. Mais l’article de loi a été abrogé.»

Cependant, si un égoportrait funéraire modifié est diffusé sur les réseaux sociaux, des recours existent.

«Si c’est la photo de ma mère, qu’elle est publiée sur Facebook, que vous dites des choses associées à l’image et que ça m’affecte et me cause un trouble moral ou émotif, là, je pourrais intenter une procédure en vertu des principes de base de la responsabilité civile.»

Source : lapresse.ca – 07 février 2017

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