19/11/2017
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Pérou : le mur de la honte

Éviter de mélanger « ceux d’en haut avec ceux d’en bas »… Érigé à Lima, un mur long de 10 kilomètres et haut de 3 mètres est destiné à repousser les « indésirables ».

Environ deux tiers de la population vit à Pamplona Alta, à la périphérie de la capitale péruvienne. Ici, ni gaz, ni électricité, ni eau courante, mais des cabanes en bois et en tôle accrochées à flanc de montagne. De ce côté du mur, une maison coûte moins de 300 dollars. De l’autre côté, à Las Casuarinas et la Molina, des rues goudronnées ourlées d’espaces verts accueillent des villas cossues avec jardins et piscine.

C’est pour se protéger des naufragés du système, considérés comme des délinquants par la haute société péruvienne, que les habitants de Las Casuarinas ont, avec l’appui des autorités, bâti ce mur. Une séparation qui contribue à créer une ségrégation sociale, territoriale mais aussi raciale, agrandissant un peu plus le fossé qui sépare ceux qui ont tout de ceux qui n’ont rien.

Situé sur les hauteurs de la capitale péruvienne, un mur de béton de 10 kilomètres de long et de 3 mètres de hauteur, surmonté de barbelés, sépare Las Casuarinas et La Molina, deux des quartiers les plus riches de la ville, de Pamplona Alta, l’une des communautés les plus pauvres de Lima.

Construit à partir de 1986 c’est aujourd’hui, le plus long mur du monde en milieu urbain. Il symbolise concrètement le fossé socio-économique entre les nantis et les plus démunis.

Lima, avec près de 10 millions d’habitants, est la cinquième plus grande ville d’Amérique latine. Elle abrite près d’un tiers de la population péruvienne. Depuis les années 50, l’exode rural des populations des hauts plateaux a multiplié par neuf la population de Lima. La plupart des nouveaux quartiers périphériques ne bénéficient pas de services publics en matière de santé, d’éducation et de transport. Ces zones n’ayant bénéficié d’aucun plan d’urbanisme, les bidonvilles ont rapidement proliféré. Pamplona Alta en est le meilleur exemple.

Pamplona Alta ne cesse de se développer. En plus des habitants venus de toutes les provinces du pays, des familles qui ne peuvent plus payer les frais de scolarité de leurs enfants et un loyer en centre-ville, viennent s’installer dans les quartiers pauvres.

La vie à Pamplona Alta est dure et ennuyeuse. Les plus âgés regrettent la vie qu’ils avaient avant leur installation à Lima. Les jeunes du bidonville se demandent comment ils vont pouvoir échapper à cette prison à ciel ouvert. Ici la débrouillardise est le maître mot pour s’en sortir financièrement dans un pays à l’inflation galopante. Une grande solidarité unit les habitants autour d’un projet commun, fragile et pragmatique : mieux vivre à Pamplona Alta. Leur priorité c’est l’aménagement de terrains de sport et de zones récréatives. La présence, de plus en plus perceptible, des gangs inquiète les parents pour l’avenir de leurs enfants déjà socialement marginalisés.

« Ce mur qui nous sépare du reste de la ville nous rappelle qui nous sommes et qui nous devons rester. Le gouvernement ne veut pas s’occuper de nous. Nous ne sommes rien d’autre pour eux que des parasites qui volent le travail des familles originaires de Lima, et font régner l’insécurité. » Flower Quinteros

Son mari travaille dans un restaurant chic de Larcomar, un quartier huppé en bord de mer. Il gagne 850 soles par mois, le salaire minimum légal au Pérou, soit environ 220 euros. Flower ne peut pas travailler parce qu’elle doit s’occuper seule de son enfant et le salaire de son mari ne suffit absolument pas à subvenir aux besoins élémentaires. Sur un sol en terre battue leur maison est faite de fins panneaux de bois et d’un toit en tôle. Elle ne possède qu’une seule pièce à vivre et une cuisine « Toute notre vie se résume à ça… Nous ne voyons pas la sortie du tunnel. Je ne supporte plus l’idée que mon enfant grandisse dans cette saleté, dans le froid, et qu’il voie ses parents tristes. J’aimerais changer de vie mais mon mari craint de ne pas trouver de travail si on quitte Lima. Peut-être qu’il a raison. Nous sommes piégés. »

La police corrompue tente de s’attirer les faveurs d’une population démunie en organisant des fêtes sur les thèmes de la santé et de l’éducation. Le sentiment d’isolement et de manipulation est renforcé par la présence du mur dont l’une des vocations officielles est de protéger la ville et ses quartiers riches de la pression exercée par les gigantesques bidonvilles. Pour justifier la construction de nouveaux murs (moins longs que celui de Las Casuarinas) les autorités rappellent que selon les statistiques, 30% des habitants de Lima ont été victime d’un délit. Ils sont attribués aux résidents des bidonvilles comme Pamplona Alta ou Villa Maria del Triunfo, cerné par un mur depuis 2013.

« Je croyais que je m’habituerais mais c’est impossible »

La sécurité est une obsession chez les habitants de Las Casuarinas et La Molina. Une société privée est chargée de veiller à l’imperméabilité du mur. Situé en haut d’une colline, l’unique point de passage garantit au garde un point de vue idéal pour surveiller les mouvements suspects. Paradoxalement, les deux « communautés » partagent les deux faces d’une même colline, où les maisons en bois aux toits de tôle contrastent avec des villas luxueuses.

Las Casuarinas est un quartier totalement sous contrôle. Impossible d’entrer et de sortir sans être identifié et questionné. De l’autre côté, les habitants de Pamplona Alta qui vivent dans le chaos doivent, souvent faire plusieurs kilomètres pour atteindre leur lieu de travail. A Miraflores, Surco ou dans le centre ville, ils sont porteurs, jardiniers, vendeurs de rue, cireur de chaussures, ouvriers… Pour dénoncer leurs conditions salariales, des étudiants de la faculté des Arts de Lima réalisent une performance dans les rues commerçantes et populaires du centre, là où la grande majorité des travailleurs ne sont pas déclarés et touchent des salaires de misère.

Galerie de photos

Photographies © Gaël Turine

Source : info.arte.tv

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