21/08/2017
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Réchauffement, surpêche, crise des réfugiés : le lac Tanganyika au bord de l’asphyxie

À contempler les pêcheurs préparer leurs sorties nocturnes des rives rocailleuses du lac Tanganyika, il est tentant de penser que cette immense étendue d’eau de 32 900 km² est calme et inaltérable.

Situé sur la portion occidentale de la grande vallée du Rift en Afrique, le Tanganyika traverse quatre pays : la Tanzanie, la République démocratique du Congo, le Burundi et la Zambie. Il s’agit d’un des plus vieux lacs au monde, dont l’origine remonte probablement à 10 millions d’années.

Ce temps géologique a permis à des centaines d’espèces de poissons et d’invertébrés rares d’évoluer à l’abri ; ces organismes sont uniques et chaque jour des millions de personnes bénéficient de cette extraordinaire diversité.

Mais s’il représente un réservoir de biodiversité, de nourriture et d’activité économique incomparable, le lac fait face à des changements rapides et pourrait bien voir sa situation se dégrader dans le futur.

Le Tanganyika a été classé comme « le fleuve le plus menacé de 2017 » ; il est affecté négativement par les activités humaines qui se matérialisent avec le changement climatique, la déforestation, la surpêche et la recherche d’hydrocarbures.

Moins de forêt, plus de sable

À la fin des années 1980, les scientifiques qui étudiaient le lac ont commencé à identifier un certain nombre de changements inquiétants provoqués par diverses activités humaines.

Mais à cette époque, l’attention mondiale se portait sur d’autres lacs africains ; et tout particulièrement le lac Victoria où les conséquences désastreuses de l’introduction du perche du Nil commençaient à se faire sentir.

Les problèmes de lac Tanganyika étaient quelque peu différents.

Heureusement, aucune espèce exotique n’a été jusqu’à présent introduite dans le lac. Mais des éléments indiquent, en revanche, qu’une dégradation de l’habitat sous-marin se produit à proximité des collines bordant ses eaux. Celles-ci subissent une déforestation rapide – les terres gagnées reviennent à l’agriculture ou à l’expansion urbaine – qui accompagne la forte croissance démographique des communautés vivant aux alentours. La déforestation a vu l’augmentation de la quantité de sable meuble et de boue ; ces derniers se retrouvent emportés dans le lac et étouffent ses fonds.

Dangereuse sédimentation

La biodiversité du lac peut être comparée à ces cernes qui se forment dans une baignoire. Elle épouse les zones peu profondes, en entourant d’autres qui plongent abruptement ; le Tanganyika peut en effet atteindre par endroit les 1 470 mètres de profondeur. Les centaines d’espèces qui occupent les eaux peu profondes et ensoleillées laissent ainsi la place à des étendues d’eau profonde, pauvres en oxygène et par conséquent en vie animale.

Cette mince bande d’extraordinaire biodiversité se trouve donc la plus exposée ; les sédiments érodés qui rejoignent le lac perturbent cet ensemble.

Les scientifiques ont commencé à identifier les zones où cet impact se faisait ressentir. Et ils plongent également dans le passé en effectuant des carottes sédimentaires dans les fossiles des nombreuses espèces endémiques du lac pour déterminer quand cet impact a été éprouvé pour la première fois.

Ils ont ainsi découvert que certaines zones autrefois très peuplées avaient perdu une grande part de leur biodiversité, il y a plus de 150 ans. D’autres zones, tout particulièrement celles situées dans le sud du lac, ont vu des effets semblables se produire au cours des dernières décennies.

Sardines par millions

Mais cette sédimentation excessive n’est malheureusement pas le seul problème. La pression de la pêche et le changement climatique affectent également le Tanganyika.

La pêche des petites sardines du lac par des pêcheries de grande taille a démarré dans les années 1950, se développant rapidement en une industrie de premier plan. Ces dernières ont exporté jusqu’à 200 000 tonnes de poissons par an, contribuant ainsi pour une large part à l’apport en protéines des habitants dans les zones avoisinantes.

Ces dernières années, les prises ont décliné dramatiquement. La faute en partie à la multiplication des pêcheries et à l’afflux de réfugiés, fuyant depuis les années 1990 les conflits du Rwanda, de la RDC et du Burundi.

Mais il est de plus en plus clair qu’un autre phénomène est en jeu.

Depuis le début des années 2000, les scientifiques observent que les eaux de surface du lac se réchauffent rapidement. Ceci est principalement imputable au réchauffement climatique en cours, dû à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Cette hausse des températures a de sérieuses conséquences sur le fragile écosystème du Tanganyika.

Des eaux plus chaudes

L’eau plus chaude, relativement légère, a du mal à se mélanger aux masses plus profondes du lac. Ce qui empêche en retour à de vastes ensembles de substances nutritives de remonter vers la surface sous l’action des vagues. On constate ainsi une diminution du plancton dérivant, élément dont la plupart des espèces du Tanganyika se nourrissent.

Les scientifiques ont été en mesure de montrer que le déclin des stocks de poissons datait d’avant 1950 et le démarrage des pêcheries. Ce qui signifie que le réchauffement des eaux du lac est très probablement la cause du long déclin des pêcheries.

Et malheureusement cette tendance ne risque pas de marquer le pas à mesure que la région connaît des hausses de températures.

Une conséquence liée à la réduction du brassage des eaux dans le lac concerne l’affaiblissement continu des échanges entre les eaux oxygénées et désoxygénées dans le fond du lac. Ce qui signifie que la portion oxygénée se réduit et avec elle les zones d’habitat garantissant la biodiversité du Tanganyika.

Et comme si cette liste ne suffisait pas, un nouveau problème a émergé : la recherche de réserves de gaz et de pétrole dans le lac.

Les sédiments du Rift présents dans le Tanganyika sont bien connus des géologues comme autant de réservoirs d’hydrocarbures, formés au fil des millions d’années par les tonnes de plancton mort venu se déposer au fond du lac.

Si, pour l’instant, les potentielles conséquences de ces activités n’ont pas été établies, il faut garder en tête les dramatiques rejets pétroliers qui se sont produits dans le delta du fleuve Niger. Ils mettent en lumière l’impérieuse nécessité de procéder à des études sur l’impact environnemental possible d’une telle production.

Car ce sont aujourd’hui toutes les richesses du lac, résultat de 10 millions d’années d’évolution, qui sont en jeu.

Source : theconversation.com – 31 mai 2017

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