20/11/2017
AccueilSantéRussie : un essai nucléaire pire que Tchernobyl?

Russie : un essai nucléaire pire que Tchernobyl?

Survenue en 1986, la catastrophe de Tchernobyl est considérée comme la plus grave catastrophe nucléaire du XXe siècle. Affectant des centaines de milliers d’habitants, elle a eu des retombées dramatiques sur l’Ukraine, les pays voisins et une grande partie de l’Europe. Pourtant, en matière de radioactivité, cet évènement n’est pas le plus grave survenu dans l’Union soviétique.

C’est ce que vient de révéler le magazine britannique New Scientist après avoir consulté un rapport découvert par Kazbek Apsalikov, le directeur de l’Institute of Radiation Medicine and Ecology (IRME) au Kazakhstan. Le document en question révèle les retombées considérables qu’ont eu des essais nucléaires menés dans le polygone nucléaire de Semipalatinsk au cours des années 1950.

Ce lieu est le premier et l’un des principaux sites d’essais nucléaires soviétiques. D’après l’Agence internationale de l’énergie atomique, plus de 460 tests y ont été menés jusqu’en 1989. Mais si ces essais sont bien connus, ce n’est pas le cas des conséquences qu’ils ont eues. «Pendant de nombreuses années, c’est resté un secret», a expliqué au New Scientist, Kazbek Apsalikov qui a trouvé le rapport dans les archives de l’IRME.

UN NIVEAU DE RADIOACTIVITÉ CENT FOIS SUPÉRIEUR

Le premier test mené à Semipalatinsk a eu lieu en 1949 avec une bombe d’une puissance de 22 kilotonnes très similaire à la bombe américaine lâchée sur Nagasaki. Mais c’est après 1956 que les conséquences des essais nucléaires ont commencé à attirer l’attention. Cette année-là , au mois d’août, les Soviétiques ont réalisé un nouveau test dont le nuage a voyagé jusqu’à engloutir la ville de Oust-Kamenogorsk pourtant situé à 400 kilomètres du site.

Des centaines de personnes ont dû être hospitalisées pour irradiation mais les détails de l’incident sont longtemps restés flous. Le rapport découvert par Apsalikov révèle qu’après celui-ci, une expédition de scientifiques de Moscou a été dépêchée sur place et a constaté une contamination radioactive étendue et des cas d’irradiation à travers toute la région, d’après le New Scientist.

Un mois après l’essai, le niveau de radioactivité à Oust-Kamenogorsk était toujours au moins 100 fois supérieur au niveau considéré comme sûr par la Commission internationale de protection radiologique. «À proximité du village de Znamenka, les substances radioactives qui ont affecté les habitants et l’environnement sont retombées de façon répétée pendant des années», explique le rapport.

DES RETOMBÉES MINIMISÉES

Ces retombées à Znamenka étaient «dangereuses pour la santé» et «plus graves et dangereuses que dans la région de Oust-Kamenogorsk», poursuit le rapport. Ce dernier évoque également une «contamination radioactive considérable» des sols et des plantations. À tel point que les auteurs du document y appellent à cesser de se nourrir des cultures locales et jugent «inopportun de conduire des tests nucléaires avant la récolte des cultures».

Mais ces recommandations n’ont semble-t-il pas été prises en compte. Selon un autre rapport, ce serait au total 638 personnes qui ont été hospitalisées à Oust-Kamenogorsk après l’essai de 1956. C’est quatre fois plus que les 134 cas d’irradiation diagnostiqués immédiatement après l’accident de Tchernobyl. On ignore combien d’entre elles sont décédées. Plus grave, le rapport suggère que les retombées sur la santé des radiations ont été minimisées.

Le document explique que les altérations observées au niveau du système nerveux et de la composition du sang des personnes «ne peuvent pas être considérées comme des changements apparus uniquement du fait de l’impact de la radiation ionisante». Il évoque ainsi en guise de responsables la mauvaise hygiène, «une alimentation monotone» et différentes maladies comme la brucellose et la tuberculose.

UN MILLION D’HABITANTS AFFECTÉS

Les cas de contamination radioactive dus aux essais nucléaires de Semipalatinsk auraient fait l’objet de nombreux rapports classés top-secret. Tous auraient été transférés à Moscou ou détruits avant la chute de l’Union soviétique. Le rapport découvert par Apsalikov ferait partie des quelques uns à avoir survécu. Mais si les informations officielles sont restées secrètes pendant 60 ans, ce n’est pas la première fois que les retombées de ces expérimentations sont révélées.

Par le passé, des enquêtes menées par des journalistes et des études scientifiques avaient déjà mises en évidence des conséquences sur la santé des habitants dans la région de Semipalatinsk. Il a fallu attendre 2014 pour qu’un rapport complet soit publié par l’Institut norvégien des affaires internationales. Co-écrit par Kazbek Apsalikov, il indique que «jusqu’en 1956, le gouvernement n’a conduit aucune étude sur les effets pour la population des tests nucléaires».

Selon ce même document, ce sont un million d’habitants qui auraient été reconnus par le gouvernement kazakh comme ayant souffert des essais. Les tests aériens de bombe ont cessé en 1963 à Semipalatinsk définitivement fermé en 1991. D’après Apsalikov, la plupart de la région ne présente maintenant plus de danger mais «certaines zones ne connaitront jamais de retour à la nature. Dans d’autres, la situation reste incertaine et potentiellement dangereuse».

Source : fr.canoe.ca – 30-03-2017

Partager avec :
Mots-clés
Évaluer l’article
Aucun commentaire

Désolé, le formulaire de commentaire est fermé pour l'instant.