17/10/2017
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Superbactéries de l’OMS : faut-il s’inquiéter ?

L’Organisation mondiale de la santé a listé 12 superbactéries résistantes aux antibiotiques. Philippe Glaser, responsable à l’Institut Pasteur nous aide à comprendre les enjeux de ce rapport.

L’OMS a publié lundi une liste de douze superbactéries contre lesquelles il est « urgent » de développer de nouveaux antibiotiques. La résistance de ces bactéries aux traitements augmente et pourrait provoquer jusqu’à 10 millions de morts par an d’ici 2050, selon l’institution des Nations unies. Pour comprendre les enjeux de cette alerte, Europe1.fr a interrogé Philippe Glaser, responsable de l’unité Ecologie et évolution de la résistance aux antibiotiques à l’Institut Pasteur.

Quels types de bactéries sont concernés par cette alerte ?

Dans son rapport, l’OMS a classé trois bactéries en seuil « critique ». Parmi elles, « l’entérobactérie correspond à l’escherichia coli », explique Philippe Glaser. Dans son rapport, l’institution évoque aussi « les pseudomonas et l’Ancinetobacter », poursuit le chercheur. Ces trois bactéries se retrouvent principalement en « milieu hospitalier ».

L’entérobactérie est « d’abord résistante à l’hôpital, puis en ville ou en communautaire. Quand elles proviennent d’une infection de la vie de tous les jours et chez des personnes saines, elles peuvent être difficiles à traiter », précise le responsable à l’Institut Pasteur. « Les Pseudomonas et Acinetobacter se retrouvent par exemple dans les siphons d’évier des hôpitaux. Quand elles se multiplient, elles peuvent créer des épidémies dans les hôpitaux », détaille Philippe Glaser. « Elles infectent des personnes hospitalisées et sont traitées difficilement si elles sont résistantes. En cas d’échec thérapeutique, les médecins utilisent un deuxième antibiotique ».

Quelles pathologies peuvent entraîner ces bactéries ?

L’entérobactérie est « une cause importante d’infections urinaires, de septicémie et de pneumonie », assure Philippe Glaser. Quant aux bactéries Pseudomonas et Acinetobacter, elles « peuvent provoquer des infections pulmonaires et de la peau ».

Comment s’est développée la résistance aux antibiotiques ?

Le spécialiste de l’Institut Pasteur pointe plusieurs causes de résistance aux antibiotiques. D’abord « mal utiliser les antibiotiques, en dose trop faible ou en suivant un traitement trop court provoque de la résistance. Si on blesse la bactérie, elle existe encore et devient plus facilement résistante ». « Des gènes de résistance peuvent aussi passer par l’environnement, les animaux et l’homme », rappelle le chercheur.

Où se place France dans la consommation d’antibiotiques ?

« En Europe d’abord, la politique de prescription des antibiotiques est beaucoup plus stricte qu’en Asie du Sud-est par exemple », explique Philippe Glaser. Par rapport à ses voisins européens, la France a encore des progrès à faire, selon le chercheur. « Aux Pays-Bas et dans les pays nordiques notamment, il y a une véritable attention dans l’utilisation des antibiotiques pour prévenir la résistance ».

« En France, on consomme deux fois plus d’antibiotiques qu’en Allemagne et en Angleterre. Même si la consommation a baissé, le taux est élevé. Les patients sont demandeurs d’antibiotiques et sont frustrés s’ils ressortent sans d’une visite médicale. Les médecins ont aussi peut-être tendance à trop en donner ». Ce n’est pas la première fois que les autorités sanitaires alertent sur la résistance aux antibiotiques en France. En novembre dernier, Marisol Touraine s’alarmait que « près de 13.000 patients meurent directement » d’une infection « par un germe multi-résistant ».

Source : europe1.fr – 28 février 2017

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